Le schisme Moscou/Constantinople face aux « diasporas » : un désaccord théologique ?

The Struggle for the Ukraine Orthodox Church: Tension Between the ...

La concurrence de gestion et de contrôle sur les diasporas russes orthodoxes installées en Occident qui oppose d’une part, le Patriarcat de Constantinople, et d’autre part, le Patriarcat de Moscou, n’est pas seulement motivée de raisons patrimoniales ou politiques, mais trouve son origine dans un conflit multifactoriel, lequel comprend une dimension théologique et ecclésiologique.

En effet, rappelons que l’Eglise orthodoxe est structurée en différents Patriarcats dont les frontières sont délimitées par les canons de l’Eglise. L’on ne peut comprendre cet aspect si essentiel des frontières canoniques d’une Eglise si l’on ne garde pas à l’esprit l’idée selon laquelle l’Eglise orthodoxe est avant tout fondée sur la notion d’Eglise locale, définie géographiquement et réunissant tous les fidèles, quels que soient leurs origines, installés sur ce même territoire.

C’est ce que met en avant Jean-Claude Larchet lorsqu’il écrit :

« Pour comprendre l’organisation de l’Eglise primitive, mais aussi l’organisation de l’Eglise orthodoxe au cours des siècles et la conception que celle-ci a de l’Eglise, la notion d’ « Eglise locale » est fondamentale. »[1]

Comme l’entend J.C Larchet, cette organisation locale de l’Eglise se fonde sur les exemples primitifs de l’organisation des premiers chrétiens dont les Eglises sont rattachées à un lieu, si l’on s’en réfère à ce qu’il en est dit dans la Bible lorsqu’il est fait référence à l’Eglise des Galates, de Macédoine, d’Antioche, de Jérusalem, etc. De plus, le fait de désigner l’Eglise locale par des adjectifs est une erreur moderne qui ne correspond pas à la réalité ecclésiale des premiers siècles. En effet, le P. Papathomas note :

« Essentiellement, l’Église a toujours été eucharistique et, en ce qui concerne les zones géographiques, territoriale dans l’expression de son identité et de sa présence dans l’histoire. L’ecclésiologie paulinienne, ainsi que toute l’ecclésiologie patristique qui a suivi, n’a jamais désigné une Eglise «locale» ou «localement établie» autrement que par un nom géographique, comme l’indiquent les termes eux-mêmes. Le critère déterminant d’une communauté ecclésiale, d’un corps ecclésial ou d’une circonscription ecclésiastique a toujours été le lieu et jamais une catégorie raciale, culturelle, nationale ou confessionnelle. L’identité d’une Église est décrite, et a toujours été décrite, par une désignation locale, c.-à-d. une église locale ou établie localement (par exemple, l’église de Corinthe, l’église de Galatie, le patriarcat de Serbie, etc.), mais une église précédée d’un adjectif qualitatif (par exemple, l’église corinthienne, l’église de Galatie, l’église serbe, etc.) n’a jamais existé auparavant existe aujourd’hui. »[2]

D’après le même auteur, ce constat signifie que, « d’après les principes de l’ecclésiologie chrétienne originelle tels qu’on peut les déduire de ces indications, d’une part, qu’il ne peut pas y avoir plusieurs Eglises coexistant en un même lieu, et d’autre part, qu’il ne peut pas y avoir des Eglises par catégories de personnes. »

L’église étant fondée sur l’Eucharistie, elle ne peut être célébrée que dans un seul lieu, par un seul presbytre et/ou évêque. Comme l’enseigne Saint Cyprien de Carthage : « L’évêque est dans l’église et l’église est dans l’évêque et si quelqu’un n’est pas avec l’évêque, il n’est pas dans l’église. »[3]  Il dit encore, à un autre endroit de ses œuvres : « Pourvu que le lien de la concorde subsiste et que le mystère de l’Eglise catholique demeure indivisible, chaque évêque règle lui-même ses actes et son administration comme il l’entend, n’ayant à rendre des comptes qu’au Seigneur. »[4]

Il en découle qu’il ne peut exister plusieurs juridictions sur un même territoire car à chaque territoire correspond une réalité ecclésiale, une Eucharistie, célébrée par un seul évêque, ou presbytre le représentant. Progressivement, les diocèses épiscopaux vont se transformer en éparchies, puis en métropoles, avant de devenir des patriarcats.

Pour autant, la centralisation progressive des Eglises et leur constitution en patriarcats n’enlève en rien au fait que l’Eglise locale reste au fondement de l’ecclésiologie orthodoxe. Jean Zizioulas écrit par exemple que : « ni une métropole, ni un archidiocèse, ni un patriarcat en peut en soi être appelé une Eglise mais ne peut l’être que par extension, c’est-à-dire en vertu du fait qu’il (ou elle) repose sur un ou plusieurs docèses épiscopaux/églises locales, qui sont les seuls organismes à pouvoir être appelés Eglises en raison de l’Eucharistie épiscopale »[5]

Le fait qu’il existe plusieurs juridictions ecclésiastiques sur un seul et même territoire, comme c’est le cas en France pour les églises orthodoxes, brise l’unité de l’Eglise d’après le P. Papathomas du fait même que cette communion eucharistique supposée entre les différentes juridictions n’est pas ecclésiale, mais ethnique puisque les différentes communautés orthodoxes s’organisent selon leur ethnie ou selon la nation à laquelle ils appartiennent, notions étrangères à l’ecclésiologie traditionnelle et orthodoxe.

Comme le souligne le même P. Papathomas, la présence d’une diaspora orthodoxe en Occident qui s’organiserait sur le plan ecclésial selon la nationalité à laquelle elle se réfère et appartient, est une absurdité sur le plan canonique. Elle est le fruit de l’ethnophylétisme, doctrine condamnée par le concile panorthodoxe de Constantinople en 1872.[6]

L’ethnophylétisme repose sur l’idée d’organiser les Eglises sur un plan ethnico-culturelle. En effet, rappelons que le Concile panorthodoxe de Constantinople de 1872 avait réagi avec autant de vigueur, déjà à l’époque, contre le danger du nationalisme religieux suite à la volonté des Bulgares de constituer une Eglise indépendante sur le territoire du Patriarcat de Constantinople sous l’Empire ottoman, donc de constituer une situation de multi-juridictions ecclésiales sur un même territoire, non pas fondée sur des raisons théologiques, mais bien sur des motifs strictement nationaux et ethniques.

En effet, s’appuyant sur le canon 28 du Concile de Chalcédoine, le Patriarcat de Constantinople, depuis la chute de l’Eglise de Rome et sa sortie du plérôme de l’Eglise orthodoxe, a toujours prétendu détenir une prééminence d’honneur au sein de l’Eglise. Autrement dit, le Patriarcat de Constantinople aurait bénéficié des prérogatives de la Première Rome, étant devenu depuis lors la Nouvelle Rome en qui repose le principe du primus inter pares.

Que dit exactement le canon 28 du Concile de Chalcédoine (451) ? En voici le texte :

« 28. Vœu pour la primauté du siège de Constantinople.

Suivant en tout les décrets des saints pères et reconnaissant le canon lu récemment des cent cinquante évêques aimés de Dieu, réunis dans la ville impériale de Constantinople, la nouvelle Rome, sous Théodose le grand, de pieuse mémoire, nous approuvons et prenons la même décision au sujet de la préséance de la très sainte Eglise de Constantinople, la nouvelle Rome. Les pères en effet ont accordé avec raison au siège de l’ancienne Rome la préséance, parce que cette ville était la ville impériale, mus par ce même motif les cent cinquante évêques aimés de Dieu ont accordé la même préséance au très saint siège de la nouvelle Rome, pensant que la ville honorée de la présence de l’empereur et du sénat et jouissant des mêmes privilèges civils que Rome, l’ancienne ville impériale, devait aussi avoir le même rang supérieur qu’elle dans les affaires d’Eglise, tout en étant la seconde après elle ; en sorte que les métropolitains des diocèses du Pont, de l’Asie (proconsulaire) et de la Thrace, et eux seuls, ainsi que les évêques des parties de ces diocèses occupés par les barbares, seront sacrés par le saint siège de l’Eglise de Constantinople ; bien entendu, les métropolitains des diocèses mentionnés sacreront régulièrement avec les évêques de leur provinces les nouveaux évêques de chaque province, selon les prescriptions des canons, tandis que, comme il vient d’être dit, les métropolitains de ces diocèses doivent être sacrés par l’évêque de Constantinople, après élection concordante faite en la manière accoutumée et notifiée au siège de celui-ci. »[7]

Il n’est nullement fait mention des diasporas, mais seulement du fait que le Patriarcat de Constantinople jouit dorénavant des mêmes prérogatives que le Patriarcat de Rome, tout en restant seconde après ce dernier. Il entend également le fait que les évêques dépendant des diocèses du Pont, de l’Asie et de la Thrace, ainsi que des parties « occupés par les barbares » seront sacrés par le saint siège de l’Eglise de Constantinople. Néanmoins, et il est important de le remarquer, il n’est nullement fait mention des diasporas orthodoxes russes, ni même du territoire historique sur le plan canonique de l’Eglise de Rome. Lorsqu’il est fait référence des parties « occupés par les barbares », il s’agit ni plus ni moins que des territoires « vierges », c’est-à-dire où il n’y a nulle présence ecclésiale. Il est donc difficile de s’appuyer sur le Canon 28ème pour le Patriarcat de Constantinople afin de justifier sa prééminence dans la gestion des diasporas orthodoxes russes puisque, par définition, aucun canon n’a prévu cette situation qui est inédite et contemporaine.

Pour le P. Papathomas, cette notion de « diaspora » est antinomique avec toute notion d’ecclésiologie. En effet, il écrit :

« Le terme «diaspora» fait exclusivement référence à une entité avec un point de référence spécifique, unique au monde (État, frontières nationales), tandis que l’Église a un point de référence eucharistique, l’autel de chaque Église locale représentant l’image. du Royaume. »[8]

Il continue :

« Par conséquent, un État-nation peut légitimement avoir sa propre diaspora nationale. Mais, par définition, une Église locale ou établie localement ne peut pas avoir, ni cultiver, ni revendiquer une diaspora. Pour la même raison, un État accorde une nationalité et fournit un passeport à ses citoyens, tandis qu’une Église, patriarcale ou autocéphale établie localement, ne peut pas accorder la «nationalité ecclésiale» et fournir un «passeport ecclésial» à ses fidèles, lorsqu’ils sont loin , en dehors de ses limites » [9]

Le Patriarcat de Moscou ne faisant pas partie du collège des Eglises dites primitives, elle réitère sa position selon laquelle cette préeminence existe, mais qu’elle n’implique aucun pouvoir décisionnaire sur l’ensemble du plérôme de l’Eglise orthodoxe. En effet, dans son document officiel faisant office de Position du Patriarcat de Moscou sur le problème de la primauté dans l’Eglise universelle, l’Eglise russe indique : « Les canons sur lesquels les sacrés dyptiques sont fondés n’accordent au primat (comme l’évêque de Rome l’était au temps des Conciles oecuméniques) aucun pouvoir à l’échelle de l’Eglise. »[10] Le document poursuit en indiquant que : « Les distorsions ecclésiologiques attribuant au primat à un niveau universel les fonctions de gouvernance inhérentes aux primats à d’autres niveaux de l’ordre de l’Eglise sont dénommées dans la littérature polémique du second millénaire : papisme. »[11]

Dans ce document, le Patriarcat de Moscou distingue trois types de primauté. La première étant celle du diocèse épiscopal, la deuxième étant celle de l’Eglise orthodoxe locale autocéphale, la troisième étant celle de l’Eglise universelle.

Ces trois niveaux de primauté répondent à des besoins et réalités différentes et ne peuvent faire l’objet d’un transfert de prééminence, d’après le Patriarcat de Moscou, entre elles. En effet, le Patriarcat de Moscou écrit : « De transférer les fonctions du ministère de la primauté d’un niveau de l’éparchie au niveau universel signifie reconnaître une forme spéciale de ministère, notablement, d’un « hiérarque universel » possédant le pouvoir administratif et magistériel dans l’ensemble de l’Eglise universelle. En effaçant l’égalité sacramentelle des évêques, une telle reconnaissance mène à l’émergence d’une juridiction d’un premier hiérarque universel jamais mentionné ni dans les saints canons, ni dans la tradition patristique, et résultant d’une dérogation, voire même de l’élimination de l’autocéphalie des Eglises locales. »[12]

D’après le Patriarcat de Moscou, le Patriarcat de Constantinople dispose de cette primauté d’honneur, mais son contenu est défini par un consensus entre l’ensemble des Eglises orthodoxes locales autocéphales. De plus, cette primauté d’honneur n’est pas, pour le Patriarcat de Moscou, d’origine divine, mais seulement humaine.[13]

C’est ainsi que le conflit de la gestion des diasporas orthodoxes en Occident et qui oppose le Patriarcat de Moscou au Patriarcat de Constantinople conduit à une problématique théologique plus profonde : celle de la question de la distribution des pouvoirs dans le monde infra-orthodoxe.

Bien que le Patriarcat de Moscou s’efforce de continuer à dire qu’il ne rejette pas la primauté d’honneur qui est accordée au Patriarcat de Constantinople[14], de nombreux éléments nous permettent de voir qu’il s’agit d’une interprétation minimaliste du rôle de primus inter pares accordé au Patriarcat œcuménique.[15]

Le Patriarcat de Constantinople considère, au contraire, qu’il est de son devoir d’exercer pleinement son droit de primauté dans l’Eglise orthodoxe au risque de laisser les « brebis sans berger » comme le fait entendre le Patriarche Bartholomée.

Voici ce qu’il dit : « Le Patriarcat œcuménique a la responsabilité de placer les choses dans l’ordre ecclésiastique et canonique parce qu’il a seul le privilège canonique de s’acquitter de ce devoir suprême et exceptionnel… Si le Patriarcat œcuménique nie sa responsabilité et se retire du monde panorthodoxe, alors le les Églises locales seront « comme des brebis sans berger ». Parfois, nous sommes confrontés à des épreuves et à des tentations précisément parce que certaines personnes croient à tort qu’elles peuvent aimer l’Église orthodoxe, mais pas le patriarcat œcuménique, oubliant qu’elle incarne le véritable ethos ecclésiastique de l’orthodoxie. »[16]

Ces prétentions ne sont pas nouvelles, et elles concernent également la vie des diasporas orthodoxes qui sont installées en Occident, y compris les diasporas russes. En effet, dès 1923, le Patriarche Meletius n’hésitait pas à affirmer sa volonté que le Patriarcat œcuménique contrôle les paroisses orthodoxes installées en Amérique et en Europe. Après avoir dissout le Tomos de 1908 qui prévoyait un contrôle des paroisses grecques installées en Europe par l’Eglise orthodoxe de Grèce, le décret de 1923 prévoit « la supervision directe et la gestion de toutes les paroisses orthodoxes sans exception en dehors des Églises orthodoxes locales en Europe, en Amérique et ailleurs » sans préciser s’il s’agissait des paroisses seulement de tradition grecque, ou bien des paroisses orthodoxes de manière générique, une ambiguïté demeurant à ce sujet. [17] Rappelons que c’est en 1931 que le métropolite Euloge va se placer sous l’omophore du Patriarcat de Constantinople, soit quelques années après ce projet d’un « Vatican orthodoxe » représenté par le Patriarcat œcuménique.[18]

Comme le souligne l’Encyclopédie orthodoxe, le Patriarcat de Constantinople a justifié le fait de recevoir sous son omophore des paroisses orthodoxes russes pour différentes raisons. La première étant la volonté de mettre de l’ordre ecclésiastique dans la gestion des diasporas orthodoxes. La seconde revenant au fait que ces paroisses russes se situent en Europe, territoire que revendique le Patriarcat œcuménique comme faisant partie de son droit de juridiction du fait de la chute de l’Ancienne Rome et sur la base du 28e Canon du Concile de Chalcédoine. La troisième étant liée au fait que le Patriarcat œcuménique se considère comme étant la première Eglise dans le plérôme de l’Eglise orthodoxe, et que par conséquent, il lui revient de prendre soin des Eglises qui sont, pour un temps, séparées de leur Eglise-Mère, ici en l’occurrence l’Eglise russe qui n’avait pas donné son accord pour que le Métropolite Euloge se place sous l’omophore du Patriarcat œcuménique.[19]

Aujourd’hui encore, le Patriarcat de Constantinople n’interprète pas son rôle de premier parmi les égaux comme étant une égalité de dignité dans l’épiscopat à laquelle se rattache une seule primauté d’honneur, mais il interprète cette primauté de cette manière :

« Si nous parlons de la source d’une primauté, alors la source de cette primauté est la personne même de l’archevêque de Constantinople, qui précisément en tant qu’évêque est un «parmi des égaux», mais en tant qu’archevêque de Constantinople, et donc comme œcuménique, le patriarche est le premier sans égal (primus sine paribus) »[20]

Autrement dit, il existe deux types de dignité d’après le Patriarcat œcuménique, l’une reposant sur l’épiscopat, lequel ne change pas et est solidaire à tous les membres de l’épiscopat, l’autre reposant sur la dignité d’archevêque de Constantinople qui l’élève au rang d’un premier sans égal, ce qui le place au-delà des autres primats des Eglises orthodoxes.

Le Patriarcat de Moscou considère que le Patriarcat de Constantinople a outrepassé les droits qui étaient les siens s’agissant de sa primauté d’honneur au sein du monde orthodoxe pour recopier un modèle ecclésiologique tout à fait étranger à la primauté d’honneur, c’est-à-dire celui de l’Eglise de Rome.

En effet, le Patriarcat de Moscou reprend à son compte les propos du P. Mikhail Ulanov qui considère que le Patriarche de Constantinople aurait dû cesser d’être le dépositaire de l’autorité sacrée lors de la Chute de Constantinople : « Avec une stricte adhésion à la lettre des canons,cela n’aurait pas dû se produire, dans la mesure où Constantinople a cessé d’être la ville de l’empereur et du Sénat, et a cessé d’exister en tant que centre ecclésiastique, son patriarche était maintenant simplement l’évêque d’Istanbul. »[21]

Nous pouvons tirer plusieurs conclusions de cette réflexion. Tout d’abord, il est certain qu’il existe un écart de conception ecclésiologique entre le Patriarcat de Moscou et le Patriarcat de Constantinople. Le premier considère la primauté du Patriarcat de Constantinople de façon minimaliste, tandis que le Patriarcat de Constantinople dispose d’une vision maximaliste de sa primauté. La différence est si grande entre les deux Patriarcats qu’il conviendrait même de parler d’une différence de nature puisqu’il s’agit, non pas seulement d’une primauté d’honneur, dans le cas du Patriarcat de Constantinople, mais d’une primauté qui lui accorde des privilèges exceptionnels, jusqu’à s’introduire dans les affaires internes de l’Eglise, comme nous le verrons avec le cas de l’Ukraine.

Le Patriarcat de Constantinople s’appuie sur le 28ème canon du Concile de Chalcédoine pour affirmer sa prééminence dans le monde orthodoxe, et en particulier sur le monde des diasporas (y compris russe) du fait que ce Patriarcat n’existe qu’à travers les diasporas installées en Occident. D’autre part, le Patriarcat de Moscou est considéré comme la « Troisième Rome » pour différentes raisons liées à l’histoire de la Russie, mais aussi du fait qu’il constitue la plus importante Eglise orthodoxe en termes de fidèles dans le monde.

A ce titre, le Patriarcat de Moscou ne peut accepter les prétentions du Patriarcat de Constantinople, révélées lors du cas de l’autocéphalie accordée à l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, ayant joué un rôle essentiel dans la vie religieuse des diasporas orthodoxes russes en Occident.


[1] J.C Larchet dans l’Eglise Corps du Christ, Tome I, Nature et structure, Chapitre 4 L’organisation de l’Eglise primitive, p 109

[2] Papathomas, Grigorios. « 70. Territorial Church and Eucharistic Territory in the Age of Post-Ecclesiality (in English) ». Consulté le 12 mars 2020. https://www.academia.edu/19722614/70._Territorial_Church_and_Eucharistic_Territory_in_the_Age_of_Post-Ecclesiality_in_English_

[3] Cyprien de Carthage, Ep. 69.8, PL 4, 406A

[4] Cyprien de Carthage, Lettres, LV (LII), 21,2

[5] Zizioulas J. « L’Eglise locale dans une perspective eucharistique« , dans l’Être ecclésial, Genève, 1981, p 186-187, n. 7 cité par J.C Larchet dans l’Eglise Corps du Christ, Tome I, Nature et structure, Chapitre 4 L’organisation de l’Eglise primitive, p 109, Editions du Cerf, 2012 consultable ici : http://foi-orthodoxe.fr/wp-content/uploads/2018/08/LEglise-Corps-du-Christ.-Jean-Claude-Larchet.pd

[6] Bigham, Stéphane. « The 1872 Council of Constantinople and Phyletism ». Consulté le 19 mars 2020. https://www.academia.edu/35291935/The_1872_Council_of_Constantinople_and_Phyletism.

[7] Canon 28, Concile de Chalcédoine, consulté le 19/03/2020, disponible ici : http://www.orthodoxa.org/FR/orthodoxie/droit%20canon/canons4econcileFR.htm

[8]  Cf note 31

[9] Ibid

[10] Position du Patriarcat de Moscou sur le problème de la primauté dans l’Eglise universelle, Patriarcat de Moscou,   26/12/2013, consulté le 19 mars 2020. https://mospat.ru/en/2013/12/26/news96344/

[11] Ibid

[12] Ibid

[13] Ibid. Chapitre IV. Le Patriarcat de Moscou, en effet, écrit que les théologiens orthodoxes considèrent cette primauté comme ayant été créée par l’homme et non pas par Dieu.

[14] C’est ce qu’affirme, par exemple, le métropolite Hilarion : « La sphère de l’Église grecque a en effet récemment accusé plus d’une fois l’Église russe de nier soi-disant la primauté du Patriarcat de Constantinople dans le monde orthodoxe et de chercher à prendre sa place. Cependant, je n’ai pas entendu un seul argument convaincant qui prouverait la validité de ces accusations » dans un interview accordé à Interfax-religion, le 21 janvier 2020. consulté le 20 mars 2020. Consultable en ligne (source en russe) ici : http://www.interfax-religion.ru/?act=interview&div=51.

[15] Dans le même interview, le métropolite Hilarion affirme qu’il existe une véritable reconnaissance de la part de l’Eglise russe s’agissant de la primauté de l’Eglise de Constantinople, mais que, « sur les cent dernières années, le Patriarcat de Constantinople a développé une primauté qui, en fait, copies le modèle romain-catholique de la structure de l’Eglise »… « Bien sûr, cette compréhension de la primauté du trône de Constantinople est rejeté par l’Eglise russe comme ne correspondant pas, ni à la Tradition de l’Eglise ou à l’ecclésiologie orthodoxe. Mais, malheureusement, cette compréhension de la primauté a prévalu sur le Phanar et l’a conduit dans l’invasion de l’Eglise. » (Ibid)

[16] Discours du Patriarche Bartholomée lors de la Synaxe des hiérarques du Patriarcat œcuménique (31 août -  4 septembre 2018) ; consulté le 20/03/20,  consultable ici : https://www.uocofusa.org/news_180901_1

[17] L’Eglise orthodoxe de Constantinople – Encyclopédie orthodoxe (titre traduit du russe), consulté le 20/03/20. disponible ici : http://www.pravenc.ru/text/2057124.html

[18] Ce projet de « Vatican orthodoxe » a été étudié par Anastassiadis A. Un «Vatican anglicano-orthodoxe» а Constantinople?: Relations interconfessionnelles, rêves impériaux et enjeux de pouvoir en Méditerranée orientale а la fin de la Grande Guerre // Voisinages fragiles: Les relations interconfessionnelles dans le Sud-Est européen et la Méditerrannée orientale 1854-1923: Contraintes locales et enjeux internationaux / Éd. A. Anastassiadis. Athènes, 2013. P. 283-302) cité par l’Encyclopédie orthodoxe, cf note 39.

[19] Cf note 39

[20] Cette affirmation vient d’une réponse de Mgr Elpidophoros Lambriniadis à la position officielle du Patriarcat de Moscou concernant la notion de primauté dont nous avons fait état précédemment. Cette réponse de Mgr Lambriniadis est présente sur le site du Patriarcat œcuménique. L’on ne peut pas la considérer comme une réponse officielle au sens strict du terme, mais l’on peut néanmoins la considérer comme étant concordante avec la position du Patriarcat œcuménique dans la mesure où elle figure sur son site officiel. Consulté le 20/03/20. https://bit.ly/3dgqNTr

[21] Mikhail Ulanov. « Ecclesiology of the Schism: Historical Reflections | The Russian Orthodox Church ». 22.12.18, Consulté le 20 mars 2020. https://mospat.ru/en/2018/12/22/news168206/.

 

2 Réponses à “Le schisme Moscou/Constantinople face aux « diasporas » : un désaccord théologique ?”

  1. Michel
    31 mars 2020 à 17 h 46 min #

    Très bon article très juste ! La volonté de papisme du Phanar en ressort bien.

    Une seule chose discrédite malheureusement le patriarcat de Mosou : en juillet 1927 presque tous les hiérarques se sont désolidarisés du mitr. Serge Starogorodsky suite à sa déclaration de loyauté envers un pouvoir luttant ouvertement contre Dieu, disant que ce groupuscule autour de Serge n’est plus l’Eglise mais une contre-Eglise satanique (ils sont presque tous morts en martyrs de la Foi). Le patriarcat qui s’en suivi a cette tache sur lui… jusqu’à ce qu’il anathématise cette déclaration. Pauvre petit peuple de Dieu ! Espérons que le Seigneur nous pardonne nos errements.

    • Nicolas Imbert
      31 mars 2020 à 17 h 56 min #

      Bonjour Michel, merci pour votre commentaire.
      Sauf erreur de ma part, le Patriarcat de Moscou n’est jamais revenu officiellement sur cette déclaration de 1927.
      Je vous invite à lire mon deuxième article qui, précisément, porte sur toutes ces questions. Vous pourrez le trouver sur l’accueil de mon site.
      N’hésitez pas à partager le lien de mon site aux personnes susceptibles de s’intéresser à ces sujets.

      Amitiés.

      Nicolas Imbert

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