Les diasporas orthodoxes russes en Occident : l’histoire d’une division religieuse

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A l’origine de l’Eglise russe hors frontières, première Eglise russe à l’étranger des diasporas orthodoxes russes…

Comme nous le révèle Gernot Seide dans son  Histoire de l’Eglise russe hors frontières depuis ses commencements jusqu’à nos jours[1], l’Eglise russe hors frontières s’était déjà organisée sous la forme d’une « Autorité ecclésiastique suprême » essentiellement présente au sud de la Russie, – territoire encore occupé par l’Armée Blanche – par un concile à Stavropol du 18 au 24 mai 1919. Cette « Autorité ecclésiastique suprême » s’organisera davantage par un autre concile tenu à Novocherkassk puis à Simferopol en Crimée.  Cette nouvelle « organisation ecclésiale » décidera notamment de nommer le métropolite Euloge comme étant à la tête des communautés orthodoxes installées à l’étranger, en particulier en Europe occidentale.

Elle s’organisera ensuite de façon autonome à Constantinople avec l’accord du Patriarcat œcuménique. La nomination de Mgr Euloge comme étant à la tête des paroisses en Europe occidentale se fit en lieu et place du Métropolite Benjamin de Petrograd, arrêté par les Bolchéviques en mai 1922 puis exécuté quelques mois plus tard, la même année. C’est donc le Métropolite Euloge qui fut considéré comme la tête de l’administration ecclésiale pour l’Europe occidentale dès le mois d’avril 1921.[2] Nomination qui sera confirmée par le Patriarche et le Saint Synode par une session du 26 mars/ 8 avril 1921.[3] Cette autorité ecclésiastique sera, à l’époque, reconnue par le Patriarcat œcuménique ainsi que par le Patriarcat de Serbie.[4]

Lors du Concile local de Moscou de 1917-1918 fut élu comme Patriarche Tikhon. Après la révolution russe de 1917, alors que des millions de Russes s’étaient exilés du pays, Tikhon prit un décret le 20 novembre 1920 (l’oukaz n°362) qui permit aux Russes s’étant installés à l’étranger de pouvoir s’organiser sur le plan ecclésial. Bien que ce décret prévoit plutôt l’organisation des diocèses qui seraient dans l’impossibilité d’être en lien avec le siège patriarcal, il sous-entend les Russes installés à l’étranger, du fait notamment d’une pression grandissante du pouvoir soviétique nouvellement installé en Russie sur l’Eglise russe à la tête de laquelle se trouve le Patriarche Tikhon.

C’est sur la base de l’oukaz n°362 (20 novembre 1920) du Patriarche Tikhon que va s’organiser l’Eglise russe hors frontières, notamment au Concile de Sremski-Karlovci dénommée comme “Assemblée générale des représentants de l’Eglise russe hors frontières »,  réuni sous la bénédiction du Patriarche Dimitri de Serbie, entre le 21 novembre et le 2 décembre 1921, avec pour participants notoires, notamment le métropolite Antoine Khrapovitski ou encore le Métropolite Euloge Georgiyevski.

Une situation canonique ambigüe fondée sur l’ethnie et/ou la nationalité, non pas sur le territoire…

L’Eglise russe hors frontières, celle-ci se trouvait dans une situation canonique relativement étrange. En effet, elle réunissait – et réunit toujours – l’ensemble des fidèles ayant été baptisé en son sein. Elle est fondée non sur un principe territorial – comme l’exige l’ecclésiologie traditionnelle orthodoxe – mais national. Autrement dit, peu importe le territoire sur lequel se trouvent des diasporas russes orthodoxes, du fait même de leur identité culturelle et nationale, l’Eglise russe hors frontières peut revendiquer son droit de présence sur ces territoires.

L’historien Gernot Seide Le reconnaît lui-même lorsqu’il écrit :

«L’Église à l’étranger est composée de toutes celles de nationalité russe sans considération territoriale. Cependant, la «nationalité russe» n’est pas strictement définie aux seuls Russes ethniques, mais signifie tous ceux qui ont été baptisés dans l’Église orthodoxe russe. Ainsi, la juridiction de l’Église russe à l’étranger ne peut pas être limitée à une certaine zone géographique, mais s’étend plutôt dans le monde entier pour prendre soin de tous ceux qui appartiennent à l’Église russe, c’est-à-dire tous les fidèles qui ont été baptisés dans l’Église orthodoxe russe. L’accent mis sur la «nationalité russe» s’exprime également dans le fait qu’aujourd’hui encore, l’usage de l’église slave est répandu dans la majorité des paroisses de l’église à l’étranger »[5]

Une organisation ecclésiale qui suscita bien des controverses pour le Patriarche Tikhon en contexte de persécution anti-chrétiennes…

Néanmoins, le caractère expressément politique et monarchique de cette assemblée générale (auquel ne souscrira pas le métropolite Euloge) suscitera de premières tensions avec le siège patriarcal, notamment le Patriarche Tikhon.

En effet, le Concile de Karlovci va défendre l’idée de la restauration de la dynastie des Romanov en Russie. Le caractère expressément politique et monarchique de cette assemblée générale (auquel ne souscrira pas le métropolite Euloge) suscitera de premières tensions avec le siège patriarcal, notamment le Patriarche Tikhon, le Concile de Karlovci élevant ses prières “pour que retourne sur le trône pan-russe de l’Oint, le tsar légitime de la maison des Romanov ».[6]

Saint Tikhon prit la décision d’émettre un décret s’agissant du Concile de Karlovtsy, lequel constituait alors une administration suprême ecclésiale temporaire de l’Eglise russe hors frontières. Cet « oukaz » (émis le 18 mars/1er avril 1922) explique la position de Tikhon :

« Je reconnais le concile de Karlovtsy du clergé à l’étranger comme n’ayant aucune signification canonique , son message concernant la restauration de la dynastie des Romanov et son appel à la conférence de Genève n’exprimant pas la voix officielle de l’Eglise russe.

Considérant le fait que l’administration russe ecclésiale à l’étranger est emportée dans le domaine des discours politiques, il s’en suit la suppression de l’administration ecclésiale à l’étranger. »

Autour de cette décision de Saint Tikhon se cristallisent de nombreuses interprétations et controverses mémorielles. Rappelons néanmoins que le patriarche Tikhon se trouvait sous un mandat d’arrêt du GPU lors de la signature d’un tel décret.[7]

Nous lisons sur le site des études de l’histoire de l’Eglise russe hors frontières qu’il s’agirait d’une prise de décision sous influence des soviétiques. Pour appuyer leur propos, il est fait référence au témoignage du Père Vassilii Vinogradoff, lequel affirma que « L’abolition de l’administration de l’Église supérieure par le patriarche Tikhon a été faite exclusivement à la demande catégorique du gouvernement soviétique. Le GPU (Guépéou) a placé le patriarche Tikhon et tous les membres du Saint-Synode en résidence surveillée pendant 3 jours jusqu’à ce qu’ils aient donné leur accord pour signer ce document… » 

C’est dans ce même oukaz que le Patriarche Tikhon va confier l’administration de l’Eglise russe à l’étranger au métropolite Euloge. Mgr Euloge, lui-même, néanmoins, se distanciera de ce décret.

Mgr Euloge donnera une interprétation différente de son attitude plus ou moins distante vis-à-vis du décret de Tikhon au cours de l’Histoire. Tout d’abord, il écrira au métropolite Anthony (Krapovtsky) qu’il comprenait que ce décret était sur la pression des soviétiques et qu’il ne fallait pas le prendre au sérieux :

«Ce décret m’a frappé par son caractère inattendu et stupéfait par la présentation des terribles troubles qu’il peut apporter à notre vie d’église. Il a sans aucun doute été donné sous la pression des bolcheviks. Je ne reconnais aucune force contraignante à ce document, même s’il a été réellement écrit et signé par le Patriarche. Ce document a un caractère politique et non religieux. En dehors des frontières de l’État soviétique, il n’a aucun sens nulle part et pour personne »[8]

Tandis que dans ses mémoires, le métropolite Euloge ne fait référence à aucune influence soviétique sur le patriarche Tikhon, mais considère qu’il n’avait pas appliqué à la lettre ce décret pour ne pas brusquer ses confrères évêques. En effet, il écrit :

« Après cette dissolution, bien que j’aurais pu (et même dû) concentrer tout le pouvoir entre mes mains, mais je ne voulais pas utiliser ce plein pouvoir seul et j’ai accepté de partager ce pouvoir fraternellement avec d’autres évêques. Selon l’article 2 du décret patriarcal, j’ai pris sur moi l’élaboration d’un autre plan, déjà définitif, pour gouverner l’Église russe à l’étranger, dans lequel je devais trouver quelque chose entre les deux, combinant la force du décret patriarcal avec la préservation d’un certain pouvoir pour les évêques de Karlovac. Il a été décidé que dans un an je viendrais à Karlovtsy avec un nouveau projet. »[9]

Vers un schisme infra-orthodoxe des diasporas orthodoxes russes : la coexistence de différentes Eglises orthodoxes russes à l’étranger…

Après la mort du Patriarche Tikhon, l’unité ecclésiale des diasporas russes orthodoxes en Occident avec celle de la hiérarchie ecclésiastique en Russie va se détériorer. Tout d’abord, ne serait-ce que les relations entre les métropolites Euloge et Platon avec le reste de la hiérarchie de l’Eglise russe hors frontières. En effet, ces métropolites souhaitant davantage d’autonomie dans la gestion de leurs diocèses respectifs, une première rupture eut lieu en 1926. C’est à partir de ce moment qu’il commença à exister, d’une certaine manière, différentes Eglises orthodoxes russes en charge des diasporas russes installées en Occident. Mgr Euloge fut frappé d’interdiction par le Synode de l’Eglise russe hors frontières, ce qui le conduisit à demander confirmation de ses droits auprès de l’Eglise de « l’intérieur », c’est-à-dire auprès du Patriarcat de Moscou, lequel confirma effectivement ses droits par un décret du 14 juillet 1927.[10]

Ces désaccords, survenus entre le Métropolite Euloge et le Synode de l’ERHF, eurent lieu après que ce dernier envisage de limiter l’autonomie des diocèses, et en particulier celui de Mgr Euloge en Europe occidentale. Mgr Euloge ne pouvait pas accepter le fait que le Synode s’immisce dans les affaires internes du diocèse dont il avait la charge. Il y avait donc l’idée, pour Mgr Euloge, qu’il était le seul à devoir administrer les Eglises de tradition russe en Europe occidentale, sur le voeu du Patriarche Tikhon, sans que le Synode de l’ERHF puisse avoir son mot à redire. Le schisme s’étant confirmé en 1926 lorsque Mgr Euloge quitta le Synode, suivi ensuite par Mgr Platon en signe de solidarité.

Également, les objectifs politiques du Synode de l’ERHF ne plaisaient pas à Mgr Euloge. Mgr Euloge refusa le droit à ses paroissiens de participer au congrès monarchique de 1926, et Mgr Euloge créa l’Institut Saint Serge sans l’aval du Synode de l’ERHF, institut ensuite soutenu par l’YMCA, mais considéré comme une organisation « maçonnique » par le synode de l’ERHF, bien que cette appellation fut réduite à néant grâce à l’influence de Mgr Antoine. [11]

 En bref, c’est l’autonomie à laquelle s’attachait Mgr Euloge dans la gestion de son diocèse d’Europe occidentale qui provoqua le schisme avec l’ERHF (la création d’un synode diocésain sans l’aval du Synode de l’ERHF, l’Institut St Serge, etc). Les tensions s’aggravèrent lorsque le synode de l’ERHF prit la décision de transformer le vicariat bélinois en un diocèse indépendant, ce qui impliquait le transfert des paroisses installées à Berlin de la juridiction de Mgr Euloge au nouveau diocèse indépendant, ce à quoi Mgr Euloge s’opposa.

 A partir de 1926, il existe donc 4 Eglises russes : le Patriarcat de Moscou pour l’Eglise de l’ « intérieur », puis 3 Eglises de l’ « extérieur » : l’Eglise russe hors frontières (dont sont initialement issus les métropolites Euloge et Platon), l’Archevêché russe de la rue Daru (le métropolite Euloge), et l’Eglise russe gréco-catholique orthodoxe aux Etats Unis (Métropole de Mgr Platon)

Vers un schisme entre l’Eglise de l’extérieur et l’Eglise de l’intérieur suite à la déclaration du métropolite Serge de Moscou…

Le deuxième schisme infra-orthodoxe des diasporas russes concerne la séparation de l’Eglise russe « de l’extérieur », plus précisément l’Eglise russe hors frontières, de l’Eglise russe officielle « de l’intérieur », c’est-à-dire le Patriarcat de Moscou, à la suite de l’illustre « déclaration » de loyauté du métropolite Serge en 1927 qui reconnaît le pouvoir soviétique comme étant le pouvoir légitime et légal de Russie[11] . C’est à ce titre qu’un schisme se produisit entre l’Eglise de l’extérieur, et l’Eglise officielle de l’intérieur. Nous disons ici l’Eglise « officielle » de l’intérieur car nous savons que l’Eglise russe hors frontières considérait pour véritable Eglise de l’intérieur celle des Catacombes.[12]

Pour récapituler : il existait donc deux Eglises en état de schisme à l’intérieur de la Russie, à savoir le Patriarcat de Moscou d’une part, et l’Eglise des Catacombes, à partir de 1927. Puis, trois Eglises russes à l’étranger n’étant pas en communion les unes avec les autres : l’Eglise russe hors frontières d’une part, ainsi que les deux Eglises des Etats-Unis et de la Rue Daru. N’oublions pas, également, que l’Eglise russe hors frontières avait aussi rompu la communion eucharistique avec le Patriarcat de Moscou.

Le Patriarcat de Moscou considérait les trois Eglises : à savoir celle du Métropolite Euloge (Rue Daru), celle du Métropolite Platon (la Métropole des Etats-Unis), ainsi que l’Eglise russe hors frontières comme des Eglises schismatiques. Néanmoins, cela ne l’a pas empêché de ramener certains clercs en son sein, les restaurant au même titre – sinon davantage – dont ils bénéficiaient jusqu’alors. Quant à la métropolite américaine, elle fut en communion avec l’Eglise russe hors frontières seulement entre 1936 et 1946. [13]

Rappelons, par ailleurs, que l’Eglise russe hors frontières ne reconnaissait pas la canonicité des actes du métropolite Serge du fait qu’il n’était qu’un représentant du Trône patriarcal, c’est-à-dire un représentant du locum tenens qui n’était autre que Pierre de Krutitsy, emprisonné par le pouvoir soviétique.

Le métropolite Serge n’avait pas le pouvoir, en tant que tel, de faire les déclarations qu’il a faites sans l’avis et le consentement du locum tenens de jure qui était Pierre de Krutitsy, lequel avait été nommé par le Patriarche Tikhon avant sa mort. En effet, le Patriarche Tikhon, avant de mourir, avait dressé une liste de trois noms des métropolites qui pourraient être à la tête du siège patriarcal. Figuraient parmi eux le métropolite Cyril de Kazan, le métropolite Agathange de Yaroslav, et le métropolite Pierre de Krutitsy. Du fait que Cyril et Agathange ne pouvaient assurer cette tâche, elle revint de facto à Pierre de Krutitsy qui suivit l’exemple du Patriarche Tikhon en dressant une liste de trois noms de ceux qui pourraient le représenter, le temps qu’il fût libéré, ce qui ne fut jamais le cas.

Lorsque le métropolite Euloge, à l’époque, s’était placé sous la protection du Patriarcat de Moscou après sa rupture avec le synode de l’Eglise russe hors frontières en 1926, il fut aussitôt empêché par le métropolite Serge de Moscou à partir de 1930, interdit de célébrer car ayant participé à une prière pour les victimes du pouvoir soviétique. Il s’en suivit que le métropolite Euloge se mit sous la protection du Patriarcat de Constantinople à partir de 1931.

Ainsi Gernot Seide dresse un récapitulatif des changements juridictionnels de l’Exarchat russe du Métropolite Euloge de la Rue Daru. Voici ce qu’il écrit :

« Les paroisses d’Europe occidentale de la Juridiction de Paris (Rue Daru) ont appartenu à leur tour, d’octobre 1920 à juillet 1926, à la juridiction du Synode des évêques de Karlovtsy (Eglise russe hors frontières); puis d’août 1927 à 1930, au Patriarcat de Moscou; de février 1931 à mai 1945, à Constantinople; en septembre 1945, pour une brève période, de nouveau à Moscou; puis pendant près de quinze mois comme «archidiocèse autonome»; de mars 1947 à 1965, à Constantinople à nouveau, que Constantinople a cette fois libéré sous la contrainte de Moscou; de 1965 à 1970, les communautés sont redevenues un diocèse autonome; et depuis 1970, ils sont à nouveau sous Constantinople »[14]

Cette situation ayant changé, comme nous le savons, depuis fin 2018 en raison de la dissolution de l’Archevêché de la Rue Daru par le Patriarcat de Constantinople, point sur lequel nous reviendrons plus tard.

En France, depuis 1927 jusqu’à aujourd’hui coexistaient donc trois Eglises orthodoxes en charge des diasporas russes. D’une part, la juridiction de la Rue Daru (appartenant tantôt au Patriarcat de Moscou, tantôt au Patriarcat de Constantinople, ou bien constituée en diocèse autonome), d’autre part, l’Eglise russe hors frontières, puis enfin, le Patriarcat de Moscou.

Les diasporas russes orthodoxes sont donc divisées en trois juridictions de 1927 jusqu’en 2007 (date de la réunification du Patriarcat de Moscou et de l’Eglise russe hors frontières), puis distinctes – et non séparées car le Patriarcat de Moscou et de Constantinople étaient en communion eucharistique à cette époque – en deux juridictions de 2007 à 2018, comptant d’une part le Patriarcat de Moscou, et d’autre part, l’Exarchat russe du Patriarcat de Constantinople (Rue Daru).

Pour Gernot Seide, l’ERHF est fondée sur la nationalité tandis que le Patriarcat de Constantinople dispose d’une vision plutôt territoriale de l’Eglise, même si elle ne semble pas avoir respecté ce principe par la mise en place d’un Exarchat russe de tradition occidentale en parallèle de la métropole grecque de France. Cette même situation existe aux Etats Unis par l’existence de diocèses russeo ruthéniens, ukrainiens, albaniens, au sein de l’archidiocèse grec orthodoxe des Etats Unis.

L’historien nous rapporte, par ailleurs, que l’adjectif « russe » n’était pas présent du titre de l’Archidiocèse de la Rue Daru, ce qui a provoqué un mécontentement. Il y avait donc une certaine forme d’acceptation du principe territorial, et ce de manière ambigüe, puisque le titre parle d’Archevêché des eglises orthodoxes de tradition russe, mais non pas des Eglises russes en tant que tel, contrairement à l’ERHF qui n’a jamais accepté le principe territorial comme étant au fondement de son ecclésiologie.

 


[1] Seide Gernot, History of the Russian Orthodox Church Outside Russia from Its Beginning to the Present. Part I. Chapter 1. The Russian Civil War and the Establishment of the Supreme Ecclesiastical Administration (1919-1920), 1983, consulté le 27/03/20, disponible http://www.rocorstudies.org/2020/02/04/history-of-the-russian-orthodox-church-outside-russia-from-its-beginning-to-the-present-part-1/

[2] Ibid ; Chapter 2. From the Time of the Evacuation of the SEA until the Resettlement in Sremsky-Karlovtsy (November 1920 – July 1921)

[3] Ibid

[4] Ibid

[5] Ibid

[6] Issue de cet extrait du Synode (en russe) : “И ныне пусть неусыпно пламенеет молитва наша – да укажет Господь пути спасения и строительства родной земли; да даст защиту Вере и Церкви и всей земле русской и да осенит он сердце народное; да вернет на всероссийский Престол Помазанника, сильного любовью народа, законного православного Царя из Дома Романовых. [...]” cité par le le P. Arkadij Makoveckij dans son livre « L’Eglise blanche : loin de la terreur athée » (Belaâ Cerkovʹ: Vdali ot ateističeskogo terrora).

[7] Seide Gernot, History of the Russian Orthodox Church outside Russia from its beginning to the present, Partie I, chapitre 4, consulté le 29/03/20, disponible ici http://www.rocorstudies.org/2020/02/08/history-of-the-russian-orthodox-church-outside-russia-from-its-beginning-to-the-present-part-i-chapter-4/

[8] Traduction en français issue de Nazarov M. V. Missiâ russkoj èmigracii. M., 1994. T. 1. S. 149

[9]Métropolite Euloge, Le chemin de ma vie, chapitre 23, consulté le 29/03 http://www.wco.ru/biblio/books/evlogy1/Main.htm

[10] Décret n°93 du 14 juillet 1927 du Patriarcat de Moscou. Cf l’Histoire de l’Archevêché de Daru ci-joint https://bit.ly/2UNrMSD

[11] Tserk. Ved. (1926) 13-14:3; D´Herbigny/Deubner, Evêqes Russes, p. 82 cité par Gernet Seid, op.cit, chapitre 4

[12] L’Eglise dite des Catacombes est cette frange de l’Eglise russe de l’intérieur n’ayant pas accepté la déclaration de loyauté du métropolite Serge vis-à-vis du pouvoir soviétique. Cette partie de l’Eglise russe a donc vécu sa foi dans la clandestinité la plus totale. Elle comptait parmi elles des fidèles, mais aussi des prêtres et des évêques. De nombreux fidèles et croyants de l’Eglise des Catacombes furent martyrisés sous l’URSS.

[13] Seide Gernot, op.cit Chap 4

[14] Polsky, Kanonicheskoe polozhenie, pp. 133-155 cité par Gernet Seid, op.cit, chapitre 4


 

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